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Les Gays à Cuba, et l’école de falsification de
Hollywood.
par HECHAVARRIA Leonardo , HATCH Marcel
8 novembre 2005

Une critique du film "Avant la Nuit"
par Leonardo Hechavarría et Marcel Hatch
traduction Cuba Solidarity Project
[ LES AUTEURS : Leonardo Hechavarria, citoyen
cubain, est traducteur et interprète. C’est un partisan fervent de la
Révolution et milite pour la reconnaissance des lesbiennes et des gays dans
son pays. Marcel Hatch est typographe et un vétéran de la lutte pour les
droits des homosexuels au Canada. Ils organisent chaque année à Cuba la
Tournée d’Education de Nouveau Parti Démocratique [du Canada], sponsorisée
par le Mouvement de la Paix Cubain (voir www.ndpsocialists.ca). Vous pouvez
contacter Hechavarria et Hatch à l’adresse suivante :
cubatour@ndpsocialists.ca ]
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"Avant la Nuit" n’est pas un film baclé. Au
contraire, c’est du cinéma finement ciselé, avec de bons acteurs de niveau
international tels que Javier Bardem, Olivier Martinez, Andrea Di Stefano,
Johnny Depp et Sean Penn.
Cette production US, dirigée par Julian Schnabel et
tournée au Mexique, a reçu de nombreux prix grâce à la qualité de ses
images et une charge émotionelle à vous briser le coeur. Qualifié
"d’histoire vraie", ce film est rempli aussi de demi-vérités et
de sornettes anti-castristes présentés comme de l’art et de la poésie, le
tout enrobé de sexe. Et, fidèle à un certain genre, l’homosexuel meure
avant le générique de fin.
Ce film est une version épurée de la vie du poéte et
écrivain Cubain Reinaldo Arenas. On nous montre son enfance pauvre, ses
talents de poète et ses premiers penchants pour ceux du même sexe.
Nous suivons son évolution sociale et hormonale, son
voyage comme auteur, ses frustrations face à l’homophobie d’une époque, ses
désillusions sur Cuba, son emprisonnement.
Nous assistons à l’auto-exil d’Arenas, à sa vie à
New-York où il attrape le SIDA, vit dans une misère noire, écrit beaucoup
sur Cuba, et se suicide en 1990.
On sort de la salle de projection avec l’impression d’un
Cuba aussi corrompu qu’un état policier stalinien - un goulag pour
homosexuels, intellectuels et artistes. Est-ce que ça marche ? A voir
la consommation de mouchoirs en papier de nos voisins de séance, il
semblerait que oui.
Est-ce que nous vous conseillons de boycotter ce
film ? Non. Mais nous vous demandons de le regarder avec un oeil
critique. Nous ne connaissons pas un seul Cubain, qu’il soit partisan ou
adversaire du régime, qui trouve le film crédible. Pas plus que les
militants gay intelligents.
Dans le Guardian du 7 Mai 2001, le Dr. Steve Williamson,
un expert de l’oeuvre d’Arenas, dit que le film "rabache une histoire
très vieille et déformée". Il pense que le poète souffrait de
paranoia, sinon de démence, lorsqu’il écrivit "Avant la Nuit"
dans les derniers moments de sa vie.
Williamson ajoute : "Cuba a énormément changé
depuis cette époque. C’est de loin le pays le plus progressiste de toute
l’Amérique latine en ce qui concerne les droits des gays. A l’évidence,
[Arenas] a souffert ce qu’il a vécu durant cette période à Cuba, ce qui fut
une erreur, mais si on prend au pied de la lettre ce qu’il a écrit ou ce
que le film montre, on est en train de falsifier l’histoire."
Le film présume que le public est aveugle ou ignorant,
mais pas forcément totalement hostile à la réalité Cubaine. Pourtant, par
une étrange pirouette cinématographique, il fait l’impasse sur les progrès
énormes accomplis pour les travailleurs, les femmes, les gens de couleur
et, bien entendu, les gays à Cuba depuis 1959. La disparition de la faim,
des sans-logis, de l’analphabétisme, du taux de mortalité infantile élevé
et de la domination étrangère sur l’île sont bien sûr indiscutables - grâce
à la Révolution.
Ce fut sous le règne de Clinton/Bush que fut déclenchée
la vague de mélodrames anti-Cubains autour de l’homosexualité. Le mythe
persistant, promu principalement par les cubano-américains d’extrême-droite
(dont la plupart sont violemment homophobes), que l’homosexualité serait
illégale à Cuba, que les gays et les lesbiennes seraient bannis du Parti
Communiste et qu’ils seraient maltraités et jetés en prison ne sont que des
balivernes.
Cette contre-vérité est très prisée chez les
progresistes septiques et la communauté gay. C’est ce public là qui est
visé par le film. Il est nécéssaire de contrer ces affabulations par des
faits. Les voici.
UNE HISTOIRE BREVE DES HOMOSEXUELS A CUBA
Avant le Révolution de 1959, la vie des lesbiennes et
des gays était marquée par un isolement extrême et une repression inscrite
dans la loi et renforcée par le dogme Catholique. Les attitudes p
atriarchales rendaient les lesbiennes invisibles. Si elles étaient démasquées,
elles étaient souvent victimes de violences sexuelles, d’une mise à l’écart
de la communauté et de la perte de leur emploi. Le milieu clandestin des
gays à la Havane — environ 200.000 — était un bouillon de prostitution pour
le tourisme des Etats-Unis, d’asservissements, de menaces constantes et de
chantages. La mise au placard était de rigueur. La survie passait souvent
par de faux mariages hétérosexuels, ou par un banissement dans le ghetto
gay. La vie des homos à Cuba ressemblait en tous points à celle des homos
des autres pays.
Après la Révolution, l’égalité des sexes fut inscrite
dans la loi, y compris pour les salaires, la garde des enfants,
l’avortement, le service militaire, entre autres conquêtes historiques,
élevant ainsi le statut social et politique des femmes. Cette politique,
une première en Amérique latine, a joué un grand rôle pour l’indépendence
des femmes et leur liberté sexuelle, un prérequis à la libération
homosexuelle. La Révolution a aussi détruit la prostition controlée par la
Mafia et alimentée par le tourisme US qui maintenait les homosexuels et
lesbiennes sous un joug.
La Révolution entreprit de fournir une éducation et un
emploi aux femmes prositituées. Les lesbiennes bénéficiaient des avancées
sociales des femmes en général, et beaucoup sont devenues de ferventes
partisanes de la Révolution. D’un autre coté, une minorité importante
d’hommes gays quittèrent le pays. Certains ont rejoint les expatriés
contre-révolutionnaires à Miami ou y ont été forcés par le chantage. Ironiquement,
les Etats-Unis, tout en menant la chasse aux homosexuels et les jetant en
prison dans la période du McCarthysme, ouvrait grand les bras aux Cubains
gays dans le cadre de la tentative de destabilisation généralisée du régime
castriste.
Le machisme latin, la bigoterie catholique et
l’homophobie stalinienne se sont combinées au début de la Révolution pour
limiter les réformes légales pour les lesbiennes et les gays. Cependant,
ces derniers ont joint leurs efforts dans la construction du Socialisme :
la majorité espérait un avenir meilleur, tout en gardant un profil bas.
En 1965, Cuba était soumis aux aggressions des
Etats-Unis (Baie des Cochons en 1961, Crise des Missiles en 1962, des
incursions militaires et biologiques incessantes à partir de la Floride).
Des brigands contre-révolutionnaires sévissaient dans les montagnes de
l’Escambray. Dans un effort maladroit de faire participer aux efforts de la
récolte de canne à sucre tous ceux qui réussissaient à echapper au service
militaire — depuis les gays jusqu’aux Témoins de Jehova en passant par les
travestis — , le gouvernement créa les Unités Militaires d’Aide à la
Production (UMAP). A la suite de pressions internes et internationales, et
aussi suite à une intervention politique directe de Fidel Castro, les UMAPs
furent supprimées 18 mois plus tard. Les Cubains considèrent le projet des
UMAPs comme une grave erreur et une atteinte au principe d’égalité
socialiste.
Cependant, la droite persiste à décrire les UMAPs comme
des camps de concentration, et laissent entendre qu’elles existent
toujours. "Avant la Nuit" se sert des UMAPs pour renforcer
l’image d’un Cuba transformé en colonie pénitencière pour les gays.
A la fin des années 60, l’attitude de Cuba à l’égard des
lesbiennes et des gays était en synchronisation avec les pays d’Europe ou
le Canada. L’homosexualité était traitée comme une "maladie" qui
devait être soignée et non plus comme une activité criminelle.
Dans les années 70, on abandonna la notion importée du
Stalinisme-Maoisme selon laquelle l’homosexualité était une
"manifestation de la décadence capitaliste". L’Homosexualité
était perçue comme une forme de comportement sexuel qu’il fallait étudier.
En 1971, un pas en arrière fut accompli lorsqu’un
Congrès Culturel a adopté une déclaration qui stipulait "qu’aucun
homosexuel ne pouvait représenter Cuba". Le decret fut contesté devant
la justice par un groupe de théâtre et fût finalement abrogé deux ans plus
tard. Tout comme au Canada dans les années 70 et début 80, les gays Cubains
souffraient du harcélement routinier des policiers et faisaient l’objet de
dénonciations honteuses en public. Mais à Cuba il n’y a jamais eu de
tortures pratiquées sur les gays.
LE BOND EN AVANT
1975 : les lois qui limitaient l’emploi des
homosexuels dans les domaines de l’art et de l’éducation sont abrogées. Un
code de la famille fût adopté qui préconisait une responsabilisation à
égalité entre hommes et femmes pour l’éducation des enfants et les tâches
ménagers.
1979 : les actes homosexuels sont dépénalisés.
1981 : le bestseller Cubain "Pour défendre
l’amour" (traduction du titre anglais), par le Dr Sigfried Schnabl,
déclare que l’homosexualité "n’est pas une maladie, mais une variante
de la sexualité humaine".
1986 : La Commission Nationale sur l’Education
Sexuelle présente un programme sur l’homosexualité et la bisexualité
qualifiées de saines et positives.
1987 : Interdiction pour la police de harceler les
gens pour leur apparence ou leur manière de s’habiller. Cette interdiction
profite largement aux gays.
1988 : la loi contre l’homosexualité
"ostensible" est abrogée. Fidel Castro explique qu’il est temps
de rejeter les rigidités et de changer les attitudes négatives envers les
gays dans le Parti et la société .
1992 : Vilma Espin, dirigeante de la Révolution et
présidente de la Fédération des Femmes Cubaines condamne les préjudices à
l’égard des gays et lesbiennes. Castro s’exprime en faveur de l’égalité des
femmes et rejette les sentiments anti-gays : "je suis absolument
contre toute forme de repression, de mépris, de critique ou de
discrimination à l’égard des homosexuels. [Il s’agit] d’une tendance
humaine naturelle qu’il faut simplement respecter."
1993 : Sortie du film à succès financé par l’Etat,
"Fraise et Chocolat", qui critique la discrimination des gays par
le Parti Communiste dans les années 70 et 80. Le film remporte un très vif
succès à Cuba et reçoit les louanges du monde entier. Le premier groupe de
gays pour combattre le SIDA est lancé.
1994 : le documentaire "Gay Cuba", de
l’états-unien Sonja de Vries, examine avec franchise la situation des
droits des gays sur l’île. Le film est projeté à l’ouverture d’une soirée
de la Fédération des Femmes Cubaines (FFC). La FFC invite des gays
états-uniens à visiter l’île.
1995 : le documentaire cubain "papillons sur l’échafaud"
(traduction du titre anglais, "papillon" = _expression pour dire
"gay") raconte comment des travestis se sont intégrés dans un
quartier de la Havane. Des gays et travestis Cubains dansent en tête du
cortège du 1er Mai à la Havane, et deux délegations états-uniennes de gays
participent à la marche.
1997 : les dernières traces de références
anti-homos dans la loi cubaine sont supprimées.
1998 : un programme national à la télévision
cubaine lance une série de débats sur les lesbiennes et les gays. Pendant
les semaines qui suivent, le sujet provoque des discussions à travers le
pays.
AUTRE LUTTE, AUTRE COMBAT
Contrairement à beaucoup de leaders gays au Canada qui
considèrent que la fin du fin seraient que les mariages gays bénéficient
des mêmes avantages et droits que les mariages mixtes, les lesbiennes et
gays de Cuba ont d’autres préoccupations. A Cuba, le mariage n’est pas
considéré comme un but ultime dans la vie. Le système social Cubain garantie
une protection à vie pour tous, particulièrement pour les enfants et les
personnes agées.
De même que la santé, l’alimentation, le logement,
l’éducation et l’emploi ne constituent pas un enjeu majeur pour les gays à
Cuba, comme cela est le cas dans des pays "avancés". Les malades
du SIDA à Cuba (qui a le plus faible taux de sidéens de toute l’Amérique),
reçoivent l’intégralité de leur salaire et bénéficient de soins gratuits,
qu’ils soient en capacité de travailler ou non.
La violence physique contre les gays a disparu depuis
1959. Les médias dévrivent pas les gays et lesbiennes comme des hédonistes,
des narcissiques ou des pédérastes. Il n’y a pas de groupes de pressions
richement financés et des manifestations homophobes.
Les lesbiennes, les gays et les travestis peuvent se
réunir librement, tant qu’il n’y a pas de drogues ou de prostitution en
cause.
Les transexuels bénéficient d’opérations chirurgicales
prises en charge par l’Etat. Les syndicats, les écoles et les organisations
de masse défendent officiellement leur membres homosexuels contre les
discriminations. Les harcélements mineurs de la part de la police sont en
nette baisse.
La lutte pour les droits des homosexuels à Cuba ne
présente pas le mêmes caractéristiques que chez nous parce que de nombreux
objectifs légaux et les revendications d’égalité d’ici sont déjà satisfaits
là-bas. Ce que les homosexuels Cubains réclament est le respect total et la
dignité dans le milieu social, et la reconaissance que leur contribution à
la société en tant que gays, lesbiennes et travestis vaut autant que celle
de leurs compatriotes hétérosexuels.
AUCUN HOMO N’EST LIBRE SI TOUT LE MONDE N’EST
PAS LIBRE
A chaque nouvelle du meurtre d’un gay aux Etats-Unis ou
ailleurs, les Cubains sont révulsés d’horreur, et prennent toute la mesure
des obstacles qu’ils ont réussi à surmonter et des erreurs qu’ils ont
évitées dans le passé, et renforcent leur détermination à intégrer leur
propres citoyens gays. Au début des années 60, une section du Parti
Communiste Cubain considérait l’homosexualité comme une déviation
capitaliste. A présent, les Cubains comprennent que la haine et la
discrimination contre les gays, ainsi que contre les femmes ou les gens de
couleur, est plutot une maladie du capitalisme. De nombreux universitaires,
de dirigeants politiques ou d’organisations de base expriment cette
opinion, de même que les femmes dans la rue. Au vue de cette transformation
et de cette compréhension, on peut vraiment dire que "la Révolution
est une école de reflexion sans entraves".
Le blocus des Etats-Unis est la première cause des
souffrances des homosexuels. Le manque de ressources empêche l’amélioration
du niveau de vie à laquelle aspirent les gays et tous les Cubains (et
qu’ils méritent). La rareté des lieux de rencontre publics et privés pose
un problème majeur pour les gays, comme on peut l’imaginer. Les offres
d’emploi dans les filières recherchées sont rares. La fin du blocus
permettrait une amélioration de l’emploi et des salaires, mettant fin à une
certaine tendance des gays et lesbiennes à tourner autour de la
prostitution pour améliorer leur revenus, ou à quitter le pays pour les
mêmes raisons. Comme leurs collégues hétéros, les homos Cubains veulent
avoir les moyens financiers pour voyager, renouveler leur garde-robe, avoir
plus de transports publics et privés, et des logements plus spacieux.
D’après nous, dans les 10 ans qui viennent, Cuba
deviendra le leader mondial de la dignité et de l’égalité des gays dans
monde. Nous croyons que la plus grande solidarité que nous puissions offrir
est d’aider à la levée du blocus. Nous avons beaucoup à apprendre de nos
frères et soeurs Cubains, y compris sur la supériorité de leur système
économique et social.
La Révolution socialiste a garanti des conditions de
sécurité et de dignité pour les travailleurs et particulièrement pour les
femmes : des conditions dont rêvent et luttent encore les Américains
du Nord. Elle a jeté les bases d’un changement social progressiste et une
liberté de pensée. Malheureusement, M. Schnabel et toute l’équipe
"d’Avant la Nuit" sont plutôt des obstacles sur le chemin de la
liberté des homosexuels.
to Socialist Action newspaper.
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